Bio

 

(ENG) Handan Figen (1983, Istanbul) began her art education at the Parsons Paris School of Design and Arts. Following her graduation in 2005 she entered the Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris and studied for 4 years at the studio of Jean-Michel Alberola. She focused on a wide spectrum of practical fields including painting, drawing, sculpture, ceramics, etching, lithography and photography. She took part in the exhibition “…Past… present… future…” held in 2004 at the Parsons Paris Gallery, followed by her first solo exhibition at the same venue. In 2008 she was awarded the Verdaguer award of the French Institute Fine Arts Academy by the selection of the artist Vlada Velickovic. Her work mostly revolves around themes like the search for identity, the history of art, family, home, coincidences and shapes that form spontaneously. She continues to work in Turkey and in France

 

 

(FRA) Handan Figen est née à Istanbul en 1983. Après le lycée elle quitte sa ville natale et s’installe à Paris pour suivre des cours à Parsons School of Design. Diplômée de Parsons en 2005, elle est acceptée à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris en 2ᵉ année, où elle pratique plusieurs techniques en même temps, comme la peinture, la sculpture, le dessin, la gravure, la céramique ou encore la lithographie. Elève de l’atelier du peintre Jean-Michel Albérola pendant plusieurs années, elle est diplômée en 2010 de l’ENSBA en obtenant le ‘Prix Verdaguer’, décerné par l’Institut de France. Repérée par la ‘Galerie NON’, galerie d’art Stambouliote en pleine ébullition, elle expose à Istanbul ainsi que dans les foires d’art contemporain de Munich, HongKong ou récemment à Art Paris 2015. Ces oeuvres sont achetées par des collectionneurs turcs ou anglais, notamment lors des ventes aux enchères chez Sotheby’s en 2011. La troisième série de ‘Tâche Difficile’ composée de 14 oeuvres, a été exposée à la galerie 'Sanatorium' à Istanbul en janvier 2015 et à Ici On Donne Des Pommes, Lyon en septembre 2015. 

 

 

Statement

 

(ENG) During my artistic researches since several years, I wanted to have the liberty to introduce informal to my meticulous work. It had a tendency to become repetitious and was not satisfying my greedy imagination. Including coincidence or even better, taking it as my departure point, keeps my interest and my curiosity. The encounters that I make while observing these accidental things in my drawings give me energy and surprise.     

 

 It is a difficcult task for me not only to conserve the patience of method, the long duration of obsession, the stubbornness of of predominant problems, the severity of perinent things but also, not to loose the impatience and the impertinence of things that are fortuitious, the brief momemnts of findings, the unexpectedness of encounters even the accidents during process. A task that is paradoxical, hard to hold by its two contradictory ends. A task that is essential and eternal to find what i am looking for knowing that It is unobteainable.  

 

Une Tache Difficile

 

 Je laisse couler de l’eau claire sur mon papier blanc... j’observe comment l’eau prend la forme d’une grosse goutte, retenue (enchainée??) par ses limites... des fois, la surface n’est pas parfaitement plate. La goutte peut alors trouver différents trajets pour échapper à ses bords. Si la forme me plait, je la laisse telle qu’elle. Sinon, j’ajoute encore un peu d’eau claire pour aider ma goutte à bouger. Pour qu’elle puisse prendre une autre forme. Pour qu’elle trouve d’autres petits trajets toute seule.

Je prends mes couleurs en aquarelles qui servent à rendre visible la tache crée par l’eau claire. Tout inspirée par le projet de Sarkis “Aquarelle dans l’eau”, avec qui j’ai eu la chance de travailler pendant un été, je choisi une couleur, n’importe laquelle selon le jour, selon mes envies, et je charge mon pinceau de ces pigments. Il est si garni qu’il me suffit de toucher ma goutte avec sa pointe pour que la couleur se libère. Sans autres efforts mon dessin commence à apparaître. Les couleurs s’acheminent, guidées par l’empreinte de l’eau claire qui vient de passer par le même trajet. La tache devient plus visible avec chaque touche de pinceau. Je bouge sa pointe dans la goutte jusqu’à ce qu’il n’y reste plus de couleur.

En regardant la goutte qui est entrain d’être occupée par la couleur, je commence déjà à voir des choses figuratives qui apparaissent sous mes yeux. Ces choses qui sont explosives et fortuites. Des fantômes qui surgissent, des paysages, des visages faisant la grimace... Des choses inattendues qui ne montrent pas le bon chemin tout de suite, mais qui donnent la possibilité à l’expérimentation.

 C’est encore trop tôt pour ce test de Rorschach. Il faut que j’attende le lendemain pour voir le résultat de la goutte de couleur. Je laisse mon papier tout seul pendant une nuit. Temps nécessaire pour que l’eau s’évapore, que le papier sèche complètement. Temps nécessaire pour que la couleur s’accroche à la surface lisse du papier blanc. J’ai hâte de voir la forme qui m’attend sur ma table dans mon atelier. Je l’ai laissée toute seule dans un état si fragile. La goutte tremblait à chaque petit courant d’air, la couleur nageant dans l’eau vibrait...Rien n’était fixé encore...

 Le matin j’arrive à l’atelier pour découvrir le résultat. Il n’y a plus une goutte sur mon papier, mais une tache. Je ne peux plus rien changer à cette étape là. J’imagine que quelqu’un ou quelque chose a aidé à la naissance de cette tache car j’aperçois la trace d’une fuite d’eau qui a coulé du bord de la table en amenant une partie de la couleur avec elle. Tant mieux! Le hasard arrive pour une bonne raison cette fois et me permet de voir la silhouette d’un dauphin dans la tache. C’est peut-être encore très vague pour les autres de l’apercevoir, mais voilà qu’arrive la seconde étape de ma recherche.

 La partie informelle de mon dessin est déjà là. Il me faut un peut de formalité maintenant. J’observe la silhouette, mon indice, il m’inspire. Je commence à dessiner minutieusement avec un crayon pour la rendre plus visible. Je sors de la tache avec un trait pour compléter le dos du dauphin. J’y rentre pour ajouter ses nageoires et je me promène autour d’elle pour que le dauphin puisse nager dans l’océan... Après la longue contribution fouillée de mon crayon, ma recherche est terminée. Le problème est résolu grâce aux indices, jusqu’à ce qu’un autre attire mon attention.

 Au long de mes recherches artistiques depuis plusieurs années je voulais obtenir la liberté d’introduire l’informel à mon travail méticuleux. Il devenait répétitif et ne nourrissait pas mon imagination gourmande. D’embrasser le hasard à mon dessin même mieux le prendre comme mon point de départ conserve mon intérêt et ma curiosité sans savoir à quoi ressembleront mes dessins. Les rencontres que je fais en apercevant ces choses accidentelles dans mon dessin me donnent de l’énergie et de la surprise.

 

C’est une tâche difficile pour moi de ne pas perdre la patience de la méthode, la longue durée de l’idée fixe, l’obstination des soucis prédominants, la rigueur des choses pertinentes et de ne pas perdre non plus l’impatience ou l’impertinence des choses fortuites, les temps brefs des trouvailles, l’imprévu des rencontres, voire des accidents de parcours. Tâche paradoxale, difficile à tenir par ses deux bouts contradictoires. Une tâche éternelle et essentielle à fin de trouver ce que je cherche en sachant qu’il est introuvable.